Deuxième semaine de l'atelier du forum de plumes et de crocs consacré à la Roue de Médecine.
J’ai pris place au nord dans ma hutte, fumigé, fait tinter mon bol chantant et médité un peu. Étant un peu fatiguée je n’ai pas eu le courage de battre le tambour et me suis rabattue sur les joies de la modernité : le baladeur MP3 ^^
Je commence comme chaque voyage dans mon Jardin Intérieur. Je fais quelques pas m’interrogant sur la marche à suivre pour travailler sur le nord de la Roue. A haute voix je demande si quelqu’un ou quelque chose veut bien me servir de guide et tandis que je passe à côté du tipi du vieux chaman (personnage étrange et toujours rigolard qui est intervenu dans ma rencontre avec l’esprit du cheval et qui a depuis quelques mois posé son tipi dans mon jardin). Celui-ci surgit avec un grand sourire et s’exclame qu’il sera mon guide. Pour sceller cette déclaration il me donne une grande tape dans le dos qui manque de me faire tomber et se marre.
Puis il me choppe par la peau du cou comme on ferait d’un chaton et me propulse littéralement dans le monde d’en haut. Pendant mon « vol » je me dis qu’avec un guide pareil je vais en voir des vertes et des pas mûres…J’atterris au sommet d’une montagne enneigée où lui se trouve déjà. Nous avons une brève discussion sur la divinité (que je n’aborderai pas ici car ce n’est pas le sujet) puis je lui fais remarquer que je voulais au départ explorer le nord. Il acquiesce en riant, se place derrière moi et d’un grand coup de pied me pousse pour me faire choir de la montagne. J’ai encore le temps pendant ma chute de me dire que ce guide est le plus dérangé que j’ai jamais eu !
J’atterris comme une crêpe dans le monde d’en bas en un lieu que j’ai déjà eu l’occasion de visiter. Une plaine déserte faite d’une roche d’un gris sombre et d’un ciel noir ou seul un arbre mort rompt avec l’horizon. Le maître des lieux n’est pas là et ne se montrera pas. Tandis que je me relève et reprend mes esprits le guide se pose comme une fleur à mes côtés, toujours hilare. Il me donne une petite tape derrière la tête et déclare « en route ! »
Nous marchons donc vers le nord. Peu à peu le sol s’incline vers le haut jusqu’à ce que nous atteignions une paroi verticale. Je distingue alors l’entrée d’une grotte. Un coup d’oeil plus tard l’entrée est ornée d’une gigantesque gueule de dragon taillée dans un marbre d’un blanc pur qui tranche avec la roche grise alentours. Une énorme langue sort de la gueule et se déroule sur les quelques marches qui mènent à la grotte telle un tapis. C’est une invitation à entrer, je m’avance donc. Le guide ne me suit pas « moi je n’ai rien à faire ici » me dit-il.
Je pénètre dans la grotte, froide, sombre et très humide. Une brume blanche légèrement luminescente et très dense baigne tout sur un bon mètre d’épaisseur. A quelques dizaines de pas un autel en émerge. Tandis que je m’y dirige je réalise que cette brume est une manifestation de la rivière des âmes mais jamais je ne l’avais vue aussi dense. Sa surface bouge avec frénésie lançant des volutes qui parfois prennent une forme animale, végétale voire humaine avant de retomber. Me voici près de l’autel. Une grande et large coupe de marbre blanc y est posée. Elle est emplie d’une eau blanche à l’aspect de lait que je sais sans l’avoir goûtée délicieuse et rafraîchissante. Mais je n’ose y toucher.
Je reste quelques instants à la contempler quand je vois approcher une forme imposante. C’est une sorte de minotaure. Il est immense, majestueux. Sa tête est celle d’un bison. J’ai déjà rencontré un minotaure alors que j’explorais le noyau de la Terre et je comprends que c’est la même entité sous une forme légèrement différente. Je le salue en m’inclinant respectueusement. Il me dit être un gardien du nord, protecteur de la terre mais aussi incarnation des dons de la Terre. Puis il m’invite à goûter l’eau blanche qui repose dans la coupe. Je réalise que cette eau est une condensation de la rivière des âmes et l’idée d’en boire m’effraie un peu. Je me dis que j’ai déjà bien assez de boulot avec l’âme que je me trimballe pour en rajouter une couche.
Le minotaure bison me rappelle alors que l’âme incarnée n’est jamais vraiment prisonnière. Qu’elle peut se diviser en morceaux, en glaner d’autres. Il m’invite à nouveau à boire et j’essaie alors de soulever la coupe. Mais elle est bien trop lourde alors je me penche et lape de quelques coups de langue ce qui semble amuser le minotaure bison. Une fraîcheur exaltante me coule dans la gorge puis se répand dans tout mon corps. Je sens ma queue et mes cornes etheriques se déployer comme rarement. Une euphorie me gagne et je me sens ivre. Je me détourne de l’autel avec la sensation de flotter dans la brume qui baigne toujours la grotte. Dehors le guide m’attend avec un sourire qui lui fend le visage jusqu’aux oreilles. Nous regagnons mon jardin.
Un décryptage rapide de certains éléments ce voyage (je n’ai pas encore tout revu): la présence particulièrement forte de la rivière des âmes s’explique par l’association du nord avec l’hiver, moment où, la biomasse étant moindre, la quantité d’âme non incarnée est plus importante. C’est aussi pour moi le moment de la vie entre deux incarnations, donc où l’âme est libre.
Le minotaure m’avait déjà été présenté comme un gardien et protecteur de la terre. Sa tête de bison ajoute la dimension de don de la terre, le bison étant pour les nords amérindiens une source de tout (nourriture, outils, abris, vêtements…)
J’ai fais ce voyage mercredi 9 juin et depuis j’ai noté une sensibilité accrue et un nombre de « flashs » prémonitoires plus élevés qu’à l’accoutumée (mais toujours sur des événements insignifiants et à très court terme).




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