Paganissima organise régulièrement de sympathiques petits concours. Voici ma contribution à celui de Yule dont le thème est « le GreenMan ».
Bon, ma maîtrise de photoshop reste très approximative. Mais je me suis quand même bien amusée !
Paganissima organise régulièrement de sympathiques petits concours. Voici ma contribution à celui de Yule dont le thème est « le GreenMan ».
Bon, ma maîtrise de photoshop reste très approximative. Mais je me suis quand même bien amusée !
C’est un rêve que j’ai fait alors que j’avais neuf ou dix ans. Un rêve que j’avais complètement oublié depuis et qui m’est revenu soudainement, comme ça…
Sur le balcon de ce 20eme étage où j’habite alors je contemple un étrange spectacle. Trois énormes corneilles sont perchées sur la balustrade. Elles sont grosses comme des condors et chacune porte une couronne d’or sur la tête. Elles semblent converser silencieusement.
Quinze années plus tard j’ai rencontré
Rieuse, moqueuse, provocatrice, joueuse…
Corneille se gausse, Corneille s’amuse. Mais toujours elle vise juste. Elle sait appuyer là où ça fait mal, là où il faut travailler. Elle sait dire les choses que l’on ne veut entendre pour obliger à les affronter. Corneille débusque le mal et l’extrait à grands coups de bec, fouillant les chairs, fouillant l’esprit jusqu'à en sortir ce qui nuit.
Elle m’a souvent percée à hauteur des chackras afin de les ouvrir ou d’en rétablir l’équilibre. Lorsque je procède à un soin, à une extraction sur moi-même ou autrui c’est à elle que je fais appel. Elle qui me guide. Elle me prête alors son bec, ses ailes, ses griffes. Je porte un pendentif fait de son crâne.
Mais si Corneille est l’extractrice elle laisse toujours les chairs ouvertes. Alors intervient Chevreuil. Délicat, attentif, il lèche les plaies et ainsi les referme. Ainsi Corneille et Chevreuil forment-ils un duo précieux de guerisseurs.
Cette nuit là ma vessie eut une exigence. La chose est courante, il est rare que je ne me lève pas une ou deux fois par nuit. Réveillée donc par cet impératif, j’émerge du sommeil.
Je découvre alors une silhouette près de moi. Un homme est assis sur le bord de mon lit. Il porte une sorte de costume cravate blanc et noir. Son visage est pâle, de profonds sillons verticaux noirs le meurtrissent un peu comme si une patte puissamment griffue l’avait blessé. Je ne distingue pas ses yeux enfoncés dans leurs orbites noirs eux aussi. Il est penché sur moi et semble m’observer.
Pourquoi cette apparition qui devrait me terrifier, au mieux me surprendre, me paraît-elle tout ce qu’il y a de plus normal et naturel ? Je la contemple quelques instants sans le moindre sentiment de peur ni même de curiosité. Puis ma vessie renouvelle ses protestations et je me lève pour aller la faire taire. A mon retour l’apparition n’est plus là. Je m’interroge un instant non pas sur sa nature mais sur le fait que j’aurais dû éprouver une peur panique à sa vue. Je me rendors aussi sec.
Ceci eut lieu il y a quatre ou cinq ans et je repense souvent à cette apparition. Je ne sais toujours pas de quoi il s’agissait et ma principale interrogation reste : pourquoi n’ai-je pas eu peur ?
Un battement, un autre, puis un autre et un autre…puis un raté. Un temps d’arrêt suivi d’un nouveau battement mais trop fort. Comme pour compenser le raté. Presque douloureux. Ainsi bat mon cœur depuis cinq ou six ans. Irrégulier, désordonné, perdu…
Parfois plusieurs ratés se succèdent. Deux, cinq, dix ! Et mon souffle en est coupé.
Mon cœur me donne l’impression de chercher à caler son rythme sur quelque chose. Comme si le rythme du monde ne lui convenait plus comme s’il l’avait perdu et cherchait sans y parvenir à se re-synchroniser avec. C’est tout mon être qui est décalé. Vis-à-vis de mon environnement, vis-à-vis de mes congénères, de mon espèce…
Car j’éprouve du dégoût et du mépris pour l’humanité. Car si une espèce se définit par ses aspects majeurs, alors être humain signifie être cruel, violent et dominateur, égocentrique et imbécile. Est-on toujours humain lorsque l’on appartient à la minorité pour laquelle ces comportements ne sont pas naturels ?
Je renie mon espèce. Et je crois qu’en me détachant d’elle je me détache de ses rythmes. Et mon cœur s’en retrouve perdu…
Le 22/02/05
Ce soir là je m’employais à atteindre le silence intérieur le plus total. Exercice difficile s’il en est ! Je m’étais allongée sur mon lit dans le noir et y parvenais avec une facilité que je n’avais encore jamais connue et qui me surpris. Toute à mon silence intérieur je perçu soudain des présences autour de moi et je distinguais bientôt une quinzaine de paires d’yeux luisants dans l’obscurité. Il s’agissait de loups gris. L’air nerveux et agressif, ils ne me laissèrent pas le temps de réfléchir ni d’avoir peur et se ruèrent sur moi me mettant en pièces. Un seul au pelage plus clair, presque blanc, que j’identifiais comme le chef de la meute se tenait à l’écart tranquillement assis regardant les autres me massacrer.
Mon corps fut réduit en lambeaux de chair mais si les loups se pourléchaient et avalaient mon sang, ils ne mangèrent pas ma chair ni mes os, se contentant de les nettoyer les laissant en un tas informe sur le sol. Leur tâche accomplie ils se dispersèrent ne laissant que le chef de meute qui me regardait. Je lui demandais en pensée qui il était. « Je suis le Guide » me dit-il avant d’ajouter « nous nous reverrons plus tard ». Puis il se leva et parti, disparaissant dans l’obscurité.
Je me retrouvais donc contemplant je ne sais comment mes propres restes éparpillés au sol pendant un certain temps, ne sachant que faire. Puis je vis ma chair de faire herbe, mes os s’assembler pour former un jeune tronc d’arbre. Et cet arbre était un Aulne qui poussait au bord d’une rivière, ses racines plongeant dans les eaux. Mes alliés étaient tous rassemblés autour de ce moi-arbre. Sous cette forme d’Aulne je ressentais une plénitude absolue. L’énergie de
Je revis en effet le Loup. Je le vis même régulièrement pendant presque une année car comme il l’avait annoncé il était le Guide. Le premier des Guides que j’ai rencontré.
Lorsque le rêve commence je suis sur mon perron, un verre d’eau à la main. Il est si tôt qu’il fait encore nuit noire et je me demande vaguement ce que je fais devant chez moi à cette heure indue.
Tout en sirotant mon verre d’eau je contemple le ciel. Il est d’un rouge sombre comme peut l’être un ciel aux nuages bas illuminé par l’éclairage public en pleine ville. Mais ici il faut faire pas loin de dix kilomètres pour croiser le premier réverbère. Je m’interroge un instant sur ce ciel puis je réalise qu’il fait anormalement chaud. La chaleur me semble d’abord irradier du ciel puis je me rends compte qu’elle émane en réalité du sol. Je m’accroupis, passe la main au dessus des graviers qu’il y a devant chez moi. Ils sont brûlants. Je verse le contenu de mon verre sur le sol et vois stupéfaite l’eau qui s’évapore presque instantanément à son contact.
Je rentre dans la maison et me dis que vu que je ne me recoucherai pas, je peux libérer les chats et déverrouille donc la chatière qui donne derrière sur le jardin. Tandis qu’ils sortent j’entends un grand fracas dehors. Je rouvre la porte de devant pour découvrir que la cabane à bois s’est effondrée. Le sol paraît moins chaud et les matous qui ont fait le tour de la maison, viennent voir ce qui s’est passé. Sur les trois un seul a gardé sa taille normale. Un est redevenu chaton, un autre a la taille d’un lynx. Ils attirent mon attention sur quelque chose au sol. Il baigne à présent dans cinq ou six centimètres d’eau et dans des flaques se débattent des dizaines de petits poissons colorés et des batraciens dotés d’une étrange queue en plumeau. Je sais que l’eau sera bientôt évaporée, les condamnant tous à court terme. Je retourne alors dans la maison en quête d’un de mes vieux terrariums dans l’idée de le remplir d’eau et les sauver.
Arrive un certain nombre de gens parmi lesquels ma propriétaire (en réalité son épouse mais bon, c’est un rêve). Tandis que je cherche un terrarium en bon état elle constate sans émotion l’effondrement de la cabane et me dis que chez elle aussi le sol était brûlant ce matin. Après maintes maladresses je parviens à remplir un terrarium et sors pour pouvoir sauver les poissons et les batraciens. Mais toute l’eau s’est déjà évaporée et je n’en vois plus un seul.
Dans l’espoir de trouver des survivants je fouille la terre mais je n’y trouve que des insectes morts ou moribonds. Un grand capricorne abîmé, deux xylocopes entrelacés de telle manière qu’il semble qu’ils ont une seule tête pour deux corps et quelques grillons sylvestres. Alors arrivent mon frère et mes parents. Tandis que mon père tente de redresser la cabane je discute avec mon frère. Chez lui aussi le sol était brûlant ce matin. J’en déduis que le phénomène touche un rayon assez large et je m’inquiète à haute voix d’une activité volcanique sur la commune. Mon frère ne prend absolument pas cette idée au sérieux et éclate même de rire.
J’entends quelqu’un annoncer que la voiture de l’infirmière arrive. J’en déduis qu’il y a eu quelque accident corporel lié au phénomène. Mais je ne peux guère m’interroger à ce sujet car je me réveille…
C’est une ancienne ferme au fin fond du sud de
Cela faisait plus de vingt ans que je m’y rendais chaque été avec ma famille et des amis. J’y faisais une hutte à l’écart de la maison pour pouvoir jouir de cette solitude qui est pour moi chose précieuse et pour me sentir au plus près de
Cet endroit appartenait à une vieille demoiselle qui nous le louait bien volontiers. Mais elle en fit don à des héritiers. Je redoutais de devoir renoncer à ce lieu. Et ces dernières années tout semblait vouloir dire que ce serait bientôt fini. Je découvrais avec colère à notre arrivée un nombre effrayant de déchets divers et produits polluants laissés en pleine nature par les nouveaux propriétaires. La faune, surtout les insectes mais aussi la flore se faisaient plus pauvres et plus fragiles. La nature elle-même semblait se retirer et la voix de la Terre se faisait de plus en plus ténue.
Pour finir ces gens décidèrent de s’approprier définitivement et intégralement ce lieu. Ainsi vit le jour un délirant projet de colonie pour secte protestante. Délirant car pour que ce projet soit viable l’endroit devra être pratiquement détruit, défiguré, bafoué pour un coût absolument exorbitant. A dire vrai, et je m’en réjouis intérieurement, la chose est si invraisemblable en termes de coût et de faisabilité qu’il est plus que probable que le projet se vautre lamentablement. Mais qu’adviendra-t-il de ce lieu lorsque ces gens en prendront conscience ? Je ne me fais aucune illusion quand à leur respect de
L’esprit du lieu l’a pressenti et s’est déjà retiré. O comme je suis triste. Triste de ne plus jamais contempler cette nature, plus triste encore de la savoir mourante et sans âme.
Ô comme je chéris son souvenir.